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Dirigeants et DAF de PME

Obtenir un crédit : quels documents montrer à sa banque ?

Apostroph’a · 17 octobre 2026 · 6 min de lecture

Pour un crédit professionnel, la banque demande en général les deux ou trois derniers bilans, une situation récente et un prévisionnel : compte de résultat sur trois ans, plan de trésorerie mois par mois, plan de financement. Ce qui décide n’est pas la liste, c’est la cohérence des chiffres : une première année détaillée mois par mois, surtout en trésorerie, des salaires en rapport avec le chiffre d’affaires, des charges externes qui gardent leur poids. Votre banquier refait ces calculs en quelques minutes ; mieux vaut les avoir faits avant lui.

Quelles pièces réunir ?

  • Le passé : les liasses fiscales des deux ou trois derniers exercices et, si la clôture date de plus de six mois, une situation de l’exercice en cours.
  • La demande : le montant, la durée, ce qu’elle finance, et les devis s’il s’agit d’un investissement.
  • Les dettes en cours : chaque emprunt, son capital restant dû et ses échéances.
  • Le prévisionnel : le compte de résultat sur trois ans, le plan de trésorerie de la première année mois par mois, le plan de financement.

Pour une création, les bilans sont remplacés par l’apport, le parcours du dirigeant et ce qui fonde les premiers chiffres : devis, commandes, lettres d’intention.

Pourquoi la première année se montre-t-elle mois par mois ?

Le compte de résultat annuel dit si l’entreprise gagne de l’argent ; le plan de trésorerie mensuel dit si elle peut payer, chaque mois. C’est lui que le banquier lit en premier, parce qu’un crédit se rembourse avec de la trésorerie, pas avec du résultat. Il y cherche :

  • le chiffre d’affaires selon votre saisonnalité réelle, celle des années passées : étalé à parts égales sur douze mois, il efface les creux ;
  • le point bas : le mois où la trésorerie touche son minimum, et son montant. Un plan qui finit l’année à + 60 000 € peut passer par − 45 000 € en juin, quand le stock de la saison est payé et pas encore vendu. C’est ce point bas, son mois et sa durée qu’un découvert ou un crédit de campagne finance ;
  • chaque décaissement à son mois : la TVA, les charges sociales, l’impôt sur les sociétés et ses acomptes, les échéances des emprunts en cours ;
  • un plan de trésorerie qui tombe sur le plan de financement : la trésorerie de fin d’année est la même dans les deux, sans ligne d’ajustement. Un écart veut dire qu’un flux manque d’un côté.

Une croissance immobilise aussi de l’argent dans les créances clients et le stock, avant d’en rapporter : le calcul est détaillé ici.

Les salaires sont-ils cohérents avec le chiffre d’affaires ?

Le banquier divise le chiffre d’affaires par l’effectif, en équivalents temps plein sur l’année : une embauche au 1er juillet compte pour un demi. Prenons une PME qui a facturé 1,2 million d’euros l’an dernier avec 10 salariés, et qui prévoit 1,5 million, soit + 25 %.

Réel de l’an dernierPlan sans embauchePlan avec embauches
Chiffre d’affaires1 200 000 €1 500 000 €1 500 000 €
Effectif en équivalents temps plein101012,5
Chiffre d’affaires par salarié120 000 €150 000 €120 000 €
Masse salariale, charges comprises450 000 €450 000 €562 500 €
Poids dans le chiffre d’affaires37,5 %30,0 %37,5 %

Sans embauche, le plan suppose que chacun produise 25 % de plus, et il affiche 112 500 € de résultat de plus que le plan avec embauches : ce sont précisément les salaires qui manquent. Avec deux embauches au 1er janvier et une au 1er juillet, le chiffre d’affaires par salarié et le poids de la masse salariale restent ceux de l’an dernier. Si vous prévoyez vraiment des gains de productivité — une machine, un logiciel, une réorganisation —, dites lesquels : c’est l’investissement qui les justifie, pas le tableur.

Les charges externes gardent-elles leur poids ?

Les charges externes — sous-traitance, transports, loyers, assurances, honoraires, publicité — se lisent en % du chiffre d’affaires, d’une année sur l’autre. Toutes ne suivent pas les ventes : les variables montent avec elles, les fixes progressent à leur rythme, à peu près celui de l’inflation. L’erreur la plus fréquente consiste à recopier les montants de l’an dernier sur les années suivantes. Sur la même PME, avec 120 000 € de charges variables (10 % du chiffre d’affaires) et 96 000 € de charges fixes :

Réel de l’an dernierPlan recopiéPlan cohérent
Chiffre d’affaires1 200 000 €1 500 000 €1 500 000 €
Charges variables, à 10 % du chiffre d’affaires120 000 €120 000 €150 000 €
Charges fixes, + 3 % par an96 000 €96 000 €98 880 €
Total des charges externes216 000 €216 000 €248 880 €
Poids dans le chiffre d’affaires18,0 %14,4 %16,6 %

Le plan recopié gonfle le résultat de 32 880 €. La banque n’attend pas un poids identique : la part fixe se dilue quand les ventes montent, et le poids passe ici de 18,0 % à 16,6 %. Elle attend une baisse qui s’explique, ligne par ligne.

Le crédit se rembourse-t-il ?

Reste la question la plus simple : la capacité d’autofinancement — le résultat, plus les amortissements, qui ne font sortir aucun argent — couvre-t-elle le capital à rembourser, sur les emprunts anciens comme sur le nouveau ?

Supposons un résultat prévu de 90 000 € et 40 000 € d’amortissements, soit 130 000 € de capacité d’autofinancement. Le prêt demandé, 200 000 € sur cinq ans, ajoute environ 40 000 € de capital par an aux 50 000 € des emprunts en cours : 90 000 € à rembourser, couverts 1,4 fois (130 000 ÷ 90 000). Beaucoup de banques regardent aussi le total des dettes financières rapporté à cette capacité, c’est-à-dire le nombre d’années qu’il faudrait pour tout rembourser : ici, 150 000 € d’emprunts en cours et 200 000 € de nouveau prêt, soit 2,7 années (350 000 ÷ 130 000). Au-delà de trois à quatre ans, la demande se discute.

Ce qu’il faut regarder chaque mois

Une fois le crédit obtenu, le prévisionnel devient la référence :

  • la trésorerie réelle face au plan, mois par mois : un écart qui se creuse s’annonce à la banque avant qu’elle ne le constate ;
  • le chiffre d’affaires cumulé face au prévisionnel ;
  • le chiffre d’affaires par salarié, en équivalents temps plein ;
  • les charges externes en % du chiffre d’affaires, face à l’an dernier ;
  • les échéances des trois prochains mois : emprunts, TVA, charges sociales, impôt.

En résumé

  • La banque demande les derniers bilans, une situation récente et un prévisionnel ; c’est la cohérence des chiffres qui décide.
  • La première année se montre mois par mois : un crédit se rembourse avec de la trésorerie, et c’est le point bas qui se finance.
  • Le chiffre d’affaires par salarié se compare à celui de l’an dernier : ici, 25 % de ventes en plus sans embauche gonflent le résultat de 112 500 €.
  • Recopier les charges externes d’une année sur l’autre gonfle le résultat (32 880 € dans l’exemple) ; leur poids peut baisser, à condition de s’expliquer.
  • La capacité d’autofinancement doit couvrir le capital à rembourser, avec de la marge.

Le business plan part de vos comptes : le FEC remplit la base, puis la première année se construit mois par mois — délais clients et fournisseurs, TVA et charges sociales au bon mois, l’équipe année par année, les emprunts à leur échéancier —, avec un plan de financement et un plan de trésorerie qui bouclent ensemble. Le dossier se présente tel quel à votre banquier.

Votre prochain rendez-vous de gestion commence par un FEC.

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